La préservation de l’Océan : l'affaire de tous, ou pourquoi chaque organisation a son rôle à jouer
Benis Arapovic sur Canva x Aurélie Dubois
L’Océan couvre plus de 70 % de la surface terrestre et joue un rôle essentiel dans la régulation du climat, le bon fonctionnement des sociétés humaines et de l’économie mondiale.
L’Océan, cet “essentiel oublié”
La troisième Conférence des Nations unies sur l'Océan (UNOC 2025), qui s’est tenue en juin dernier à Nice, a permis de médiatiser - et donc de rendre un peu plus visible - les rôles de l’Océan pour les équilibres de la planète, pour notre équilibre à tous. C’était une occasion de faire prendre conscience de son rôle au monde économique, tous secteurs confondus, y compris pour les consultants qui accompagnent ces organisations. Car de très nombreuses publications ont mis en évidence le fait que l’Océan reste peu ou pas pris en compte dans les stratégies ESG des entreprises, l’ODD 14 étant non seulement le moins financé mais également le moins adressé par les entreprises, hormis certains secteurs.
Pourtant, les impacts des activités humaines sont dévastateurs pour le monde sous-marin, quand la pérennité de l’humanité est étroitement liée à la préservation de l’Océan et de sa biodiversité. De façon plus pragmatique, la stabilité de l’économie mondiale dépend, elle aussi, de la santé des écosystèmes marins. De nombreux secteurs dépendent de l’Océan et de nombreuses populations en dépendent également.
L’Océan, ce « bien commun » qui dilue les responsabilités
La prise de conscience est en progression, mais elle se traduit encore trop peu par une connaissance approfondie des impacts, des dépendances, des risques et par la mise en place d’actions opérationnelles et d’une vraie stratégie.
Cette faible « appropriation » peut s'expliquer de différentes façons, notamment par une perception erronée de l'Océan comme un espace lointain, sans frontières, un bien commun qui dilue la responsabilité de chacun, le reléguant souvent à un simple enjeu de « nettoyage de plastique » plutôt qu'à un levier fondamental de la résilience climatique. Les difficultés à mesurer les impacts individuels d’une organisation, au travers d’indicateurs - souvent inexistants - rendent également les actions beaucoup plus complexes à opérationnaliser et à suivre. Dans les matrices de matérialité, l'Océan est trop souvent traité comme un sujet « en silo » (via l'ODD 14), ce qui masque en réalité sa nature profondément transversale.
Océan et organisations : liens, interdépendances, opportunités et risques
L'Océan et sa préservation devraient véritablement être l’affaire de tous et pas uniquement une thématique réservée aux biologistes marins ou aux skippers. Il constitue le socle - parfois invisible et méconnu - de toute activité économique. Combien de personnes qui travaillent uniquement sur leurs écrans, par exemple, ont conscience que les fonds marins abritent les milliers de kilomètres de câbles sous-marins qui transportent 99 % du trafic internet mondial ?
Qu’il soit direct ou indirect, visible ou invisible, connu ou méconnu, le lien entre les activités économiques et l’océan est incontestable et devrait être incontournable dans toutes les stratégies RSE des organisations. L’Océan offre des services écosystémiques (services rendus par la nature à l’être humain) : approvisionnement en nourriture, matières premières, captation du CO², production d’oxygène, régulation des températures et du climat, participation au cycle de l’eau, des lieux de tourisme et d’émerveillement etc., mais aussi des voies de transport avec environ 80 % du commerce mondial qui transite en mer, ou encore la presque totalité des données qui transitent via les câbles sous-marins, comme expliqué ci-dessus. En France, c’est 40% des emplois qui dépendent des milieux marins (Le Monde, 2025). Au niveau mondial, cela représente 3000 milliards de dollars de PIB mondial soutenant 3 milliards de personnes (Pacte Mondial, 2025).
Non seulement, les organisations sont dépendantes de l’Océan mais elles devraient également être garantes de sa bonne santé et de son bon fonctionnement. 80% des déchets marins sont issus des activités terrestres (Le Monde, 2025). Ce sont aussi des pollutions multiples rejetées dans les cours d’eau qui terminent leur course en mer : effluents azotés de l’agroalimentaire, rejets de teintures chimiques ou microfibres de l’industrie textile, résidus médicamenteux des industries pharmaceutiques, pesticides issus de l’agriculture, molécules de toutes sortes de l’industrie cosmétique, polluants multiples rejetés par les réseaux d’eaux pluviales des métropoles, etc. Tout un tas d’autres externalités négatives pourraient être listées.
Prendre conscience de ce lien est la première étape vers l’anticipation des risques pour une entreprise, mais cela permet également d’identifier des opportunités.
Identifier ses dépendances, ses impacts, ses risques potentiels et les opportunités n’est pas une chose simple et il est nécessaire de se faire bien accompagner pour imaginer des plans d’actions à la hauteur des enjeux de cet écosystème fragile, essentiel et merveilleux.
Auteure : Aurélie D., experte People4Impact
Aurélie Dubois, Fondatrice de Blue Insight Consulting, Experte Océan et Économie Bleue