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Interview

Portrait – Sylvie Margueret, Consultante Achats Durables et RSE

Propos recueillis par Héloïse Belmont, le
Portrait – Sylvie Margueret, Consultante Achats Durables et RSE
Rencontre avec Sylvie, Consultante freelance People4Impact, fortement convaincue que performance et achats durables sont compatibles et liés.

A la tête de la Direction Achats Durables chez Alstom pendant près de 12 ans, Sylvie Margueret a mené avec détermination le projet d’intégration du développement durable dans la chaîne d’approvisionnement afin de limiter les risques, créer de la valeur et aboutir à une reconnaissance de l’entreprise par le Dow Jones Sustainability Index (DJSI).

En tant que chef d’orchestre et stratège, quelle stratégie et quels outils avez-vous mis en place chez Alstom dans le cadre de votre fonction ?

Pour une entreprise industrielle et internationale, comme l’était Alstom, l’enjeu prioritaire était la vigilance sur la chaîne d’approvisionnement, bien avant le vote de la loi sur le devoir de vigilance.
J’ai donc mis en place les outils de vigilance, charte, cartographie, outils d’évaluation des fournisseurs. Nous avons travaillé avec EcoVadis et participé à progresser ensemble dans les outils, les méthodes d’évaluation et de cartographie des risques mais aussi dans le développement de nos fournisseurs.

J’ai aussi beaucoup travaillé à la conduite du changement pour les acheteurs, car tout changement passe par eux. Ce sont eux qui tiennent la relation avec les fournisseurs, et les outils ne sont utiles que s’ils sont utilisés et conduisent à des actions. Cette conduite du changement a nécessité de la communication, la valorisation des actions, des mesures et des objectifs mais aussi et surtout, de la formation pour permettre une appropriation et une utilisation des outils. Cette formation que je pensais être un « one shot » au départ, a finalement duré plusieurs années et s’est adaptée au fil des progrès et des avancées que nous faisions, de l’expertise acquise et des formateurs internes que nous pouvions développer. Au total plus de 1000 personnes ont suivi une ou plusieurs formations.

Par ailleurs, pour d’autres familles de produits moins à risque mais impactantes, nous avons instauré des critères et des clauses dans les appels d’offre, famille par famille pour l’achat de produits plus responsables socialement et/ou environnementalement et développé des guides par famille d’achat avec pour objectif de faciliter la montée en compétence des acheteurs.

Dans un souci de mutualisation des bonnes pratiques dans le secteur et le développement de standards d’évaluation développement durable, quelle était votre implication et votre action au sein de l’initiative Railsponsible ?

“Complexité de la vigilance, lourdeur des évaluations pour les fournisseurs, utilisation d’outils différents, mais pour autant des objectifs similaires…” En discutant avec mes homologues, nous sommes parvenus à la conclusion que nous serions plus efficaces à plusieurs. Nous avons donc à l’époque décidé avec mon homologue de la SNCF de lancer une initiative commune dans le secteur du transport ferroviaire regroupant des clients, des concurrents et des fournisseurs pour mutualiser nos énergies, nos pratiques et faciliter la tâche des fournisseurs.

Nous avons commencé à 6 entreprises pour pouvoir assurer une base de décisions, aujourd’hui l’initiative compte désormais 13 membres. La gouvernance est tournante et assurée par les directeurs achats des entreprises.

L’initiative propose notamment un partage de bonnes pratiques, une mutualisation des évaluations fournisseurs, la définition de process communs et prend des positions communes sur le changement climatique tout en s’engageant.

Il n’est pas aisé de fédérer des entreprises différentes et parfois concurrentes, malgré la bonne volonté de chacun. Il a fallu beaucoup d’énergie et être force de conviction pour lancer la dynamique. Mais aujourd’hui, l’initiative continue à progresser, les bases étaient donc bien solides.

Quelle(s) offre(s) d’accompagnement avez-vous mis en place pour aider les entreprises à transformer leur politique d’achats pour élaborer et déployer une stratégie d’achats durables ?

Aujourd’hui, j’accompagne les entreprises dans toutes les étapes de leur politique d’achats durables et je m’adapte à leur maturité, leurs besoins et leurs enjeux.

De la stratégie aux actions à mettre en place :

  • Pour cela un état des lieux filiale par filiale est souvent nécessaire et nous déterminons ensuite les enjeux, les priorités puis les actions à mettre en place.
    Les actions peuvent inclure : le devoir de vigilance, l’évaluation de la supply chain, les risques et les outils à mettre en place.
  • Je peux aussi travailler plus directement sur un élément précis de la politique achats durables : la recherche d’outils adaptés, le déploiement de la politique, l’adaptation des process, l’écriture de chartes ou clauses contractuelles, la communication, l’établissement de mesures, la mise en place de hotline…

J’accompagne aussi d’autres entreprises sur l’achat de produits plus responsables au niveau environnemental ou social, sur des missions telles que :

  • la recherche de produits moins impactant
  • la mise en place de critères RSE adaptés
  • le support aux cahiers des charges et l’analyse des réponses aux appels d’offre
  • le sourcing de prestataires responsables.

Et une grande partie de mon travail est basé sur la conduite du changement, l’organisation des responsabilités qui est fondamentale, les procédures à ajuster, les mesures et les objectifs qui seront suivis toute l’année, puis la communication, et bien sûr des formations adaptées.

J’aide aussi les entreprises à répondre aux questionnaires RSE envoyés par leurs clients.

Je m’appuie sur mon expertise acquise en tant que Directrice des Achats Durables d’Alstom mais aussi sur mon réseau permanent et mes contacts dans le monde de la RSE, ma connaissance du métier d’acheteur et des outils existants, ma connaissance du devoir de vigilance pour l’avoir pratiqué et participé aux discussions lors de l’élaboration de la loi.

Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans votre métier et pourquoi vous êtes-vous lancé dans le freelancing ?

J’aime faire partie de ce monde en pleine mutation, d’y prendre part et d’apporter ma contribution que je souhaite le plus positive possible. Je suis convaincue que le développement durable est le seul mode de développement possible. Mon métier comporte une large part de réflexion, d’analyse, d’écoute des signaux faibles en même temps que d’actions de recherche de solutions et une bonne part opérationnelle. Ce sont aussi ces multiples facettes que j’apprécie.

En tant que freelance, la diversité des missions, des problématiques, les environnements variés et les équipes différentes m’obligent en permanence à m’adapter. Par ailleurs quand les entreprises font appel à moi, c’est qu’elles ont une véritable envie de se transformer, et donc des moyens et me donne des accès aux ressources internes de l’entreprise.

En une phrase, faire partie de la communauté People4Impact, qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Faire partie d’un réseau de personnes impliquées dans la RSE, et dans les changements qu’elle implique, et être identifiée comme un des acteurs du Développement Durable.