Chronique4Impact

Et si le management responsable était la clé de la robustesse des entreprises ?

Par Morgane PETROVSKI, le

Qui pense encore pouvoir relever des défis avec des équipes épuisées ? Comment relève-t-on les challenges environnementaux quand la part de collaborateurs qui déclare être en situation de détresse psychique est passée de 41% en 2022 à 45% aujourd'hui (1) ?

Des équipes en burn-out, démotivées, surchargées, à qui on impose des contraintes toujours plus fortes… Qui s'étonne qu'elles ne suivent pas ?

Côté dirigeant, il faut faire face à des injonctions contradictoires. En 2019, la loi PACTE a intégré les enjeux sociaux et environnementaux dans la définition de l'entreprise dans le code civil, une réglementation transformative et challengeante. En 2025, la loi Omnibus est venue marquer un recul réglementaire qui incite au repli et au « confort » du business as usual

Entre-temps, les démarches ont été amorcées et une part grandissante des collaborateurs sont convaincus de la nécessité de faire mieux dans la façon de manager comme dans celle d’améliorer leurs activités. L’aspiration au sens est partout, et la Gen Z choisit ses employeurs en fonction de leurs pratiques d'impact.

Le coût caché d'un management défaillant

Rarement chiffré, le coût global de la démotivation, de la baisse de productivité, l’inefficacité des ressources, du turnover, des arrêts maladie… est considérable. Des équipes épuisées ne peuvent ni relever les défis de transformation… ni ceux de la compétitivité. Que celui ou celle qui est plus efficace quand il va mal lève la main !

Comptons aussi le temps passé à recruter, à remplacer les absents au pied levé, et à former, pour qu’en quelques mois enfin la recrue soit opérationnelle. Comptons le temps qu'un collaborateur passe sur les tâches d'un collègue absent, avec une baisse induite de la qualité impactant directement la satisfaction client et l’image de marque, et entrainant des répercussions financières (SAV), un coût environnemental, et un coût en temps, une ressource précieuse, ni extensible, ni compressible.

Dans l’industrie, cela se traduit par la réutilisation de la matière première : refaire fabriquer, réemballer, refaire livrer - un travail réalisé deux fois par les mêmes personnes sur toute la chaine.

Dans les métiers de services, cela se traduit, d’un côté, par le temps consacré à la négociation et à la recherche de solutions, un temps qui n’est plus dédié à la prospection de nouveaux clients ou à délivrer le service attendu ; de l’autre, par une prise en charge financière : remise sur la prochaine commande ou ristourne. Non seulement un manque à gagner énorme important, mais aussi l’amorce d’un cercle vicieux. C'est dans ce contexte, au cœur de poly crises mondiales anxiogènes, que le management responsable prend tout son sens.

Les fondements d’un management plus responsable

Le terme "management responsable" désigne une approche managériale qui intègre explicitement les dimensions sociales, environnementales et éthiques dans les pratiques managériales du quotidien.  Le management responsable tient compte des impacts environnementaux de l’activité, le cas échéant du cap déterminé par la direction en matière de RSE. Il intègre des objectifs de soutenabilité aux objectifs opérationnels « classiques », et est formé aux sujets d’éthique et de responsabilité. Il envisage la transparence comme un avantage pour le collectif qui sait où il va, et non comme un outil de contrôle. Il prévient les risques psychosociaux et préserve ses équipes en activant des méthodes de management collaboratif, s’adaptant aux différents profils et contextes des équipes, en donnant du sens aux enjeux de transformation.

L’un des éléments clés, souvent impensé du management, est le temps. Il est essentiel d’en accorder aux managers pour l’exercice de leurs missions, car ils ont les clés et les leviers nécessaires pour piloter le changement et stimuler la motivation de leurs équipes. Ce temps dédié constitue un véritable investissement au service de la durabilité de l’entreprise.

Ce qui fait la différence avec un management plus coercitif ? L'authenticité, l'écoute, la transparence, et l’honnêteté. Pas de solution magique : il s’agit de soigner les relations pour avancer ensemble. Cela suppose un management qui sait s’adapter aux changements inhérents à la vie et à l’entreprise. Décider de considérer l'humain – sinon l'aimer –, faire confiance, donner un cap clair et du sens. Chaque personne doit percevoir qu'elle n'est pas en terrain ennemi au travail. Savoir se dire quand la collaboration est satisfaisante, évidemment, mais aussi quand on n'est plus en phase, et savoir se séparer dignement. Or, cette qualité relationnelle ne peut exister que si les managers sont accompagnés, formés, et soutenus.

Un bon climat social : le terreau fertile dans lequel tout devient possible

La réussite dépend avant tout des humains en place, de la qualité relationnelle et de la vision portée par la direction, comme pour la RSE. Une approche sur-mesure s'adaptera aux spécificités et à la culture de chaque organisation : diagnostic, prise de hauteur, formations. Le management responsable requiert l'engagement de tous les étages : direction générale pour la vision et les ressources, direction des ressources humaines pour les dispositifs et formations, et middle management pour l’incarnation au quotidien.

Bien plus qu'une tendance, le management responsable est un levier stratégique de robustesse(2) opérationnelle. Les entreprises qui investissent dans la qualité de leur management, en prenant soin de leurs équipes et en leur donnant les moyens de contribuer positivement, navigueront avec confiance dans un environnement en constante mutation.

La pression interne des collaborateurs, en quête de sens et de cohérence avec leurs valeurs, dépasse souvent celle de toute contrainte réglementaire. C'est là que se gagne la transformation : par l’engagement interne et par la qualité des relations. Dans un contexte d’incertitudes et de tensions, c’est le plus précieux des cadeaux à faire à votre entreprise.

 

(1) Etudes Opinion Way / Empreinte Humaine

(2) Antidote au culte de la performance, La robustesse du vivant, Olivier HAMANT

Auteure : Morgane P., experte People4Impact

Morgane, consultante et formatrice en management responsable, conçoit et déploie des stratégies durables favorisant l’adhésion et l’engagement des collaborateurs et des managers, tout en accompagnant les organisations dans des environnements en transformation rapide ; elle conseille et forme sur mesure à travers les outils du management, de l’intelligence situationnelle et la Fresque des Organisations Responsables.