Risques climatiques : à quoi ressemble vraiment un diagnostic d'adaptation ?
Canva x Florent Cornet
Canicules, feux de forêt, inondations, retrait-gonflement des argiles et bien d'autres encore : ces catastrophes naturelles ont toujours existé, mais leur fréquence et leur intensité augmentent sous l'effet du réchauffement climatique. Face à ces événements toujours plus nombreux et plus intenses, comment agir concrètement pour adapter son activité ?
Risque climatique physique : de quoi parle-t-on exactement ?
Un risque physique est la conséquence d'un événement météorologique exceptionnel (l'aléa) sur un actif, une activité ou une personne vulnérable (la vulnérabilité), situé dans une zone exposée (l'exposition).
Les impacts de ces risques vont s'alourdir : selon France Assureurs, le montant cumulé des sinistres liés aux événements naturels pourrait atteindre 143 milliards d'euros sur la période 2020-2050, contre 73 milliards sur les trente années précédentes[1]. Ces conséquences concernent déjà l'ensemble des activités économiques, comme l'ont illustré, en 2026, les crues de Loire-Atlantique en février[2], la canicule de juin[3] ou encore les incendies en Gironde[4].
Quelles sont les vulnérabilités de votre activité ?
Le premier objectif consiste à faire l'inventaire des vulnérabilités de vos activités et de vos sites, qu'elles soient directes ou indirectes : celles de vos fournisseurs ou des infrastructures nécessaires au fonctionnement de votre activité. Il s'agit ensuite d'en évaluer la criticité.
Ce travail gagne à être collaboratif, afin que chaque collaborateur·rice puisse apporter sa connaissance métier des processus et des points de sensibilité de son quotidien. Les événements climatiques déjà vécus constituent également une source précieuse pour faire émerger les vulnérabilités.
À quels aléas serez-vous exposé demain, et à quel coût ?
La deuxième étape consiste à croiser ces vulnérabilités avec les aléas climatiques futurs, à différents horizons (2030, 2040, 2050, voire au-delà).
Pour cela, la France a adopté une trajectoire de réchauffement de référence pour l'adaptation au changement (TRACC)[5], sur laquelle s'appuie le troisième plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC-3)[6]. Des outils comme DRIAS ou Climadiag de Météo-France permettent ensuite d'accéder à des projections climatiques[7] [8].
Mais identifier un risque ne suffit pas toujours à savoir comment agir. Pour passer du diagnostic à l'action, il est donc essentiel de quantifier les impacts financiers directs et indirects des risques identifiés. Cela permet de prioriser les mesures et d'arbitrer entre acceptation, transfert du risque et adaptation.
À quoi ressemble un diagnostic, concrètement ?
Il existe plusieurs méthodologies pour réaliser un diagnostic de risques climatiques physiques, telles qu'OCARA pour PME[9] et ACT Adaptation[10], ou encore le Diag Adaptation de Bpifrance[11], qui donne accès à un accompagnement par un un·e expert·e référencé·e. Pour avoir une idée plus précise de ce en quoi consiste un tel diagnostic, voici un exemple concret de mission menée pour un producteur d'énergie indépendant français.
La première étape a consisté à travailler avec la direction RSE pour prendre connaissance de l'entreprise, de son niveau de maturité sur le sujet, des risques déjà identifiés et des processus en place.
Une fois le contexte acquis, des ateliers et des entretiens ont été organisés avec des collaborateur·rices représentant l'ensemble de la chaîne de valeur, afin de recenser les problèmes déjà rencontrés, les événements météorologiques qui les avaient déclenchés et leurs conséquences opérationnelles et financières. Ce travail a permis de faire remonter des impacts concrets : des épisodes de vents extrêmes en phase de construction qui ont imposé l'immobilisation des moyens de levage pendant plusieurs jours, pour un surcoût de plusieurs dizaines de milliers d'euros. En phase d'exploitation, une sécheresse estivale prolongée a rendu le lavage des panneaux impossible alors même que des vents chargés de sable les avaient encrassés, entraînant une perte de rendement de 3 à 5 % pendant près de trois mois.
Un travail a également été mené avec les équipes techniques pour identifier les sensibilités des procédés et des systèmes, ainsi que leurs seuils critiques de fonctionnement, y compris pour des intensités d'aléas jamais rencontrées à ce jour. Deux vulnérabilités sont ainsi ressorties : la grande difficulté d'intervenir à l'intérieur des pales d'éoliennes, où les températures dépassent 60 °C lors des pics de chaleur ; et la mise en défaut des onduleurs sur les champs photovoltaïques, qui entraîne une mise à l'arrêt partielle ou totale des installations. L'identification de ces vulnérabilités nécessite un travail en étroite collaboration avec les équipes techniques, seules détentrices de la connaissance métier.
Dans un second temps, ces vulnérabilités ont été référencées pour chacun des sites, en exploitation comme en développement, puis croisées avec des données de projections climatiques afin de cartographier les risques futurs, leur criticité et leurs conséquences. Cette cartographie a permis de prioriser les risques à traiter et les actions à mettre en place en fonction de la vulnérabilité des sites et du niveau de criticité des risques.
Enfin, pour chacun des risques identifiés, une stratégie a été définie. Celle-ci peut aller de l'acceptation, pour les risques mineurs et peu fréquents, jusqu'au renoncement à prospecter les régions jugées trop exposées. Entre les deux se déploie tout l'éventail des mesures d'adaptation :
- Le transfert du risque, avec la mise en place d'une couverture assurantielle complémentaire sur les phases de chantier exposées aux vents extrêmes ;
- L'adaptation technique, avec des techniques de nettoyage à sec des panneaux, qui suppriment la dépendance à la ressource en eau au moment même où elle vient à manquer ;
- L'adaptation organisationnelle, comme l'intégration des aléas climatiques dans la planification des opérations de maintenance préventive ;
- L'adaptation de la conception des installations, avec la révision du design des fondations là où l'alternance entre sécheresse prolongée et fortes précipitations menace leur tenue ;
- L'adaptation des choix d'équipements, en retenant les conditions climatiques futures, et non passées, comme critère de dimensionnement des équipements de production.
On notera que le transfert du risque vers un assureur, s'il est efficace à court terme, reste une stratégie à surveiller dans le temps. En effet, à mesure que la sinistralité augmente, les conditions de couverture se durcissent.
Ces stratégies ont été définies en concertation avec chacun des corps de métier, afin d'assurer leur faisabilité technique et opérationnelle et d'éviter qu'elles ne soient perçues comme contraignantes, condition de leur acceptation et de leur mise en pratique. C'est un facteur de réussite souvent sous-estimé, une mesure d'adaptation jugée contraignante et injustifiée par les équipes qui doivent la mettre en œuvre ne sera pas appliquée.
Dans cet exemple, la question de la pérennité de l'activité n'a pas été abordée, compte tenu de son caractère soutenable et de sa résilience. Pour d'autres entreprises, en revanche, il est important de se la poser. En effet, lorsque l'exposition devient structurelle, l'adaptation ne consiste plus seulement à protéger un site, mais à interroger le modèle d'affaires lui-même.
Pour accompagner concrètement ces démarches, People4Impact identifie pour vous les freelances expert·es, capables d’intervenir ponctuellement sur l’analyse des risques, la définition et le déploiement des stratégies d’adaptation.
Auteur : Florent C., expert People4Impact
Ingénieur spécialiste de l'adaptation au changement climatique, Florent accompagne les entreprises dans l'évaluation de leurs risques climatiques physiques. Il intervient en particulier auprès des secteurs les plus sensibles aux conditions météorologiques (énergie, bâtiment, infrastructures) pour lesquels il traduit les projections climatiques en décisions concrètes.
Sources :
- Impact du changement climatique sur l'assurance à l'horizon 2050, France Assureurs.
- Crues record : des entreprises à l'arrêt, les inondations vont leur coûter des milliers d'euros, franceinfo.
- Les conséquences économiques de la canicule sur les entreprises, franceinfo.
- Avec 13 000 entreprises évacuées en Gironde, l'économie locale à l'arrêt, franceinfo. Chiffres arrêtés au 28 juillet 2026.
- Trajectoire de réchauffement de référence pour l'adaptation au changement climatique (TRACC), ministère de la Transition écologique.
- Troisième plan national d'adaptation au changement climatique, ministère de la Transition écologique.
- DRIAS, les futurs du climat, Météo-France.
- Climadiag Commune et Climadiag Agriculture, Météo-France.
- OCARA pour PME, Carbone 4, Bpifrance et l'ADEME.
- ACT Adaptation, ADEME.
- Diag Adaptation, Bpifrance.
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