Chronique4Impact

L'impact des filières ingrédients cosmétiques sur la biodiversité (1/4)

Par Olivier BEHRA, le

Photo Unsplash x Olivier B.

C’est maintenant à la demande des consommateurs qu’il faut s’engager pour la biodiversité et ils sont de moins en moins dupes sur l’ « embellissement » des actions en RSE qui se multiplient. L’expérience montre pourtant qu’il est possible d’avoir des impacts positifs sur la Nature, au moins au niveau des filières d’ingrédients naturels.

Les industriels vont continuer à être challengés sur la maîtrise de leurs impacts sociaux et environnementaux

 Des études très sérieuses montrent que le bien-être et l’environnement deviennent les principaux moteurs d’achats des consommateurs français (Industries Cosmétiques, mars 2022). Il y a un vrai changement dans la façon de consommer les produits de beauté. Les Français recherchent des produits cosmétiques reflétant leurs aspirations à un mode de vie sain ainsi que leurs préoccupations environnementales et éthiques. La transparence des marques est une priorité pour 78 % des répondants, qui estiment que ces dernières devraient être plus claires quant à leurs références en matière de durabilité.  

Parmi les 67 % de consommateurs qui utilisent des produits à base d’ingrédients naturels, la moitié le fait par éthique pour réduire les problèmes environnementaux : « Aujourd’hui, les acheteurs de produits de beauté français s’attendent à des produits transparents, respectueux de leur santé mais également de l’environnement, en portant de plus en plus d’intérêt aux ingrédients utilisés et aux labels obtenus par les marques. *» Eric Petitfils, directeur de Klarna décrypte que ce qui se passe en France devient une tendance réellement mondiale.

Jenni Middleton, directrice de WGSN, annonce dans l’analyse des tendances 2023-2030 : « Now is the time for progressive transformation. […] products that give back to the environment, rather than just take less from it… Business must protect the planet for future generations and the future of beauty too ».**

 

Rapports sur l’environnement mondial, entre réalité scientifique et limites d’actions

Chefs d’entreprises et grand public entendent de plus en plus parler d’accords internationaux et de conventions mondiales liées à l’environnement. Les références aux One Planet Summit, Convention sur la Diversité Biologique (CBD), Congrès Mondial pour la Nature (UICN), etc. sont de plus en plus nombreuses.

Il est désormais nécessaire que chacun s’implique dans la préservation des ressources naturelles, le secteur privé en premier chef. Le commerce international serait la cause de la surexploitation des ressources naturelles, au-delà même de la pollution, ce qui entraine finalement une dégradation des conditions de vie qu’avait améliorée l’essor économique global vécu le siècle dernier.

On voit aussi que les engagements ne sont tenus par aucun des Etats signataires, que ce soit ceux de Paris pour le climat ou ceux de la CBD de 2010, pour enrayer la perte de biodiversité d’ici 2020…

Et si les activistes deviennent de plus en plus pressants, c’est aussi le cas des rapports scientifiques. Même si les chiffres du GIEC sur le climat, censés être alarmants, paraissent parfois encore trop théoriques pour amener aux changements requis, les constatations de dérèglement climatique deviennent de plus en plus réelles. Les rapports sur l’état de la biodiversité et des services rendus par les écosystèmes atterrent les scientifiques, mais aussi de plus en plus le grand public qui réalise que des centaines de milliers d’espèces animales et végétales pourraient disparaître au cours des prochaines décennies en raison de l’activité humaine. Freiner le développement économique n’apparaît cependant comme une solution que pour de rares activistes.

A ceux qui lisent, ne serait-ce que les résumés des rapports, il apparaît clair qu’il n’est plus seulement question de la cause animale mais bien de la destruction de l’environnement et de la biodiversité. Cela devient un problème majeur pour l’humanité elle-même et pour les activités économiques également. On comprend désormais que la disparition des abeilles signifie l’effondrement de chaînes d’approvisionnement alimentaires.

En janvier 2022, c’est le G7 lui-même qui annonce dans son analyse annuelle de la situation économique mondiale que la perte de biodiversité devient un des plus grands risques des dix prochaines années pour le monde de l’entreprise.

 

Auteur : Olivier Behra, Expert Biodiversité People4Impact 

Olivier Behra intervient auprès de différentes organisations afin de favoriser et de développer des approches favorables à l'environnement et à la biodiversité. Il travaille aussi avec de nombreuses institutions d'aide au développement et d'ONG internationales pour soutenir des projets de conservation de la nature et de défense des droits humains.

*Source : https://www.klarna.com/international/press/78-des-francais-souhaitent-que-les-marques-de-beaute-soient-plus-transparentes-sur-la-composition-de-leurs-produits/ 

** Source : https://www.cosmeticsdesign-europe.com/Article/2021/04/27/Consumer-trends-post-COVID-in-beauty-to-demand-ethical-inclusive-and-sustainable-beauty-says-WGSN 

 

Retrouvez le deuxième volet de sa chronique ici et le troisième volet ici