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Chronique4Impact

L’économie circulaire et les villes (3/3)

Par Guy Turner, le
Photo Guy Turner

Vous l’aurez compris, l’économie circulaire est une histoire de boucle, une histoire d’échange, une histoire de collaboration finalement. Alors pour boucler cette chronique quoi de plus logique que de vous raconter une histoire de collaboration réussie.

Une histoire de boucle  

Celle du projet PULSE à Aubervilliers pour le maitre d’ouvrage ICADE. Le projet a été livré en janvier 2019 après presque un an et demi de travaux. Dès le démarrage, ICADE affiche son ambition en voulant faire de ce bâtiment le plus grand bâtiment de bureaux labellisé BBCA (Bâtiment Bas Carbone) de France. La volonté d’ICADE, qui construit au cœur de son bastion d’Aubervilliers, est tout à fait claire : ils veulent faire de ce projet un projet démonstrateur et en particulier sur les enjeux de réemploi. Le maitre d’ouvrage se fait accompagner par le collectif Saint-Denisien BELLASTOCK, et souhaite notamment que l’intégralité des 22 000 m² de faux plancher de l’opération soit issue de bâtiments de bureaux parisiens rénovés. Les consultations sont lancées et c’est l’entreprise VINCI Construction qui remporte la timbale, ils se font épauler par le bureau d’étude MOBIUS spécialiste en réemploi qui n’est pas à son premier coup d’essai sur la place parisienne.

L’histoire est longue et semée d’embuches vous vous en doutez (il faut garder à l’esprit que le projet se déroule en 2017 et que ces initiatives en sont encore à leurs balbutiements), mais comme chaque histoire elle reste riche d’enseignements. Alors voici, en guise de conclusion, la liste des ingrédients qui semblent avoir fait la réussite et l’exemplarité de ce projet en matière de réemploi :

1.       Un maitre d’ouvrage motivé et sensibilisé : il est volontaire pour « faire » tout en connaissant suffisamment les tenants et aboutissants. Il est capable de laisser la collaboration s’installer entre les parties prenantes pour relever les défis collectivement.

2.       Du temps pour faire les choses correctement : sans ça MOBIUS n’aurait vraisemblablement pas eu le temps de travailler avec l’industriel fabricant LINDNER pour mettre en place un produit qui répond aux mêmes exigences assurancielles et performancielles qu’un produit neuf.

3.       Un potentiel concret sur les matériaux ciblés : sans gisement disponible sur le marché du réemploi on ne répond pas au besoin initial. La dalle de faux plancher était en l’occurrence un élément récurrent dans les chantiers de déconstructions à ce moment-là.

4.       Et les bons spécialistes pour piloter la démarche : parce que le processus complet requiert énormément d’expertises et une capacité de collaboration exemplaire pour échanger avec les différents écosystèmes sollicités. Ça ne s’improvise pas !

Avec cette liste d’ingrédients, chaque projet de construction a le pouvoir de transformer la ville positivement, de la lier tout en lui donnant vie à nouveau, de favoriser l’échange et la collaboration plutôt que de la refaire une énième fois en effaçant toute trace de son passé et au mépris des conséquences écologiques.

Avec le temps, j’ai moi-même appris à conceptualiser ce principe du « faire avec », à en faire une source d’échange et de réflexion avec les parties prenantes d’un projet et en premier lieu les architectes, mais également à considérer les bâtiments existants (les anciens) comme de véritables mines d’or plutôt qu'une montagne de déchets.

Mon expérience et mes connaissances me permettent aujourd’hui d’avoir ce regard plus profond et plus juste sur la valeur des matériaux, et je reste absolument convaincu que nous ne sommes qu’au début d’une nouvelle ère pour les villes et les territoires. Celle de la circularité, de la matière d’une part mais des flux de façon plus générale, celle de la vraie neutralité carbone, celle des villes et des territoires au sein desquels rien ne se perdrait, rien ne se créerait et tout se transformerait finalement.

 

Auteur : Guy Turner, Expert People4Impact et Consultant en éco-conception