Chronique4Impact

L’économie circulaire et les villes (1/3) 

Par Guy Turner, le
Photo by @avjensen on unsplash.com

« A l’échelle planétaire, les villes, qui ne représentent que 2% de la surface émergée, sont d’ores et déjà responsables de 70% des déchets, de 75% des émissions de gaz à effet de serre, de 78% de l’énergie consommée ou encore de 90% des polluants émis dans l’air ». 

Le constat dressé par Guillaume Faburel dans son ouvrage Pour en finir avec les grandes villes, est plutôt clair, un monde en croissance perpétuelle et donc à l’urbanisme croissant n’est pas un monde compatible avec les enjeux climatiques et écologiques auxquels il nous faut répondre en urgence.  

Aujourd’hui, la « métropolisation du monde » ne semble pour autant pas rencontrer d’obstacles majeurs à son déploiement, alors que la densification et l’extension des villes à outrance continuent d’inquiéter partout dans le monde...

Au cœur de cet enjeu des villes de demain, la problématique des ressources (qui ne sont pas illimitées rappelons-le) d’une part et celle des déchets de l’autre. Les deux faces d’une même pièce en réalité, celle de l’économie circulaire.


C’est le thème de cette Chronique4impact, que nous avons choisi de vous proposer en 3 épisodes. 

 

Quelques chiffres pour mieux comprendre

En 2019, le secteur du Bâtiment et des Travaux Publics a produit environ 224 millions de tonnes de déchets et représente presque 70% des déchets produits en France sur l’année. Le bâtiment à lui seul compte au total pour un peu plus de 40 millions de tonnes, la majorité des déchets étant issus des Travaux Publics.

 

Source : Déchets Chiffres clés – l’essentiel 2019 ADEME

 

Nous aborderons ici le sujet des déchets liés aux bâtiments (hors travaux publics), et plus particulièrement à la rénovation puisque 90% des déchets du secteur sont attribués aux déconstructions et réhabilitation de bâtiments existants.

Avant de plonger plus concrètement dans la vie d’un déchet de bâtiment déconstruit, il semble essentiel de recontextualiser les enjeux en matière de renouvellement urbain auxquels nous faisons aujourd’hui face. 

Le constat à l’échelle mondiale est relativement simple, nous construisons de plus en plus en ville ! D’ici 2060, 228 millions de m² supplémentaires seront construits ou rénovés (le double de ce qui existe aujourd’hui à la surface du globe) pour une concentration grandissante des populations dans les villes. Les deux tiers de la population mondiale devraient vivre dans des villes à l’horizon 2050. Pour donner une idée, 228 millions de m² en plus en 2060 c’est l’équivalent de la ville de New York tous les 34 jours…

De ce côté-là, les perspectives ne sont pas réjouissantes vous l’aurez compris. Mais revenons plutôt à la problématique des déchets, pour mieux comprendre d’une part les risques écologiques que sous-tendent de telles prédictions mais également les leviers d’actions dont nous disposons et comment l’économie circulaire pourrait rendre ce renouvellement urbain compatible avec une trajectoire globale plus résiliente et supportable. 

 

Economie linéaire vs Economie circulaire : des gains écologiques mais aussi économiques !

 Avant de pouvoir faire les plus et les moins, il est important de bien comprendre la façon dont sont aujourd’hui traités les déchets de nos villes.

  • 80% des déchets qui quittent les chantiers urbains sont recyclés, soit en sous couche de voirie soit en remblaiement de carrière. On parle dans ce cas plutôt de valorisation « matière », le terme est plus large et surtout moins engageant pour les prestataires quant à la valeur écologique donnée à ces matières usagées.
  • 10% partent en incinération, ou encore appelée valorisation « énergétique », pour produire de la chaleur. En émettant hélas beaucoup de CO2 au passage.
  • Les 10% restants sont quant à eux tout bonnement enfouis sous terre, dans des installations que les entreprises gestionnaires de déchets appellent plus communément des centres de « stockage ».

Le constat écologique est plutôt sans appel et les filières traditionnelles, celles de cette économie linéaire en demi-teinte, ne font pas du bien à notre jolie planète. Les déchets tournent une fois ou deux sur eux-mêmes, mais finissent inlassablement à la poubelle. Qui est dans notre cas un trou béant creusé dans la terre…

Source : https://www.zerowastefrance.org/lassociation/vision/

 

Mais jusque-là l’affaire ne dérangeait pas tant que ça et les accréditations et autres labels environnementaux visant à améliorer les pratiques écologiques sur les chantiers de construction se contentaient d’évaluer les chantiers sur leurs taux de déchets « valorisés » sans pour autant faire en sorte de fixer des ambitions menant aux évolutions de ces pratiques…

Mais alors comment ces pratiques ont-elles progressivement évolué ? Les acteurs traditionnels du secteur auraient-ils radicalement changé leurs pratiques dans un souci de responsabilité face aux nombreux impacts écologiques engendrés ? Les acteurs publics et privés auraient-ils imposé de nouvelles pratiques dans un souci de cohérence face aux enjeux et leurs politiques de développement durable ?

La réalité est bien plus prévisible et c’est avant tout par la contrainte économique que tout cela a été rendu possible. Si l’économie circulaire se généralise aujourd’hui, c’est également grâce aux économies qu’elle tend à générer auprès des acteurs concernés.   

Deux contraintes économiques fortes. D’une part la flambée des prix sur les filières de traitement traditionnelles : les entreprises n’ont pas renouvelé leurs modèles et les déchets doivent aujourd’hui partir de plus en plus loin pour être enfouis, entrainant des coûts logistiques additionnels (ce qui, cerise sur le gâteau, s’ajoute au bilan carbone de l’opération). Et d’autre part, le problème de raréfaction des ressources naturelles qui entraine également une flambée des coûts sur les matières premières.

L’économie circulaire est ainsi logiquement devenue une réponse concrète à cette double problématique et vise à reconsidérer la notion de déchets, pour faire de ces matières usagées des ressources utiles et appréciées localement. En ce sens, l’économie circulaire traite un enjeu écologique majeur dans la construction des villes en apportant des solutions sur l’ensemble du cycle de vie de ces dernières. Depuis l’extraction des ressources, où la matière récupérée devient une alternative aux matières premières (pour devenir ce que nous appelons la matière première secondaire), jusqu’à la fin de vie où celle-ci devient à nouveau une ressource. Dans les deux cas, la démarche réduit l’impact écologique mais également les coûts investis sur toute la chaine de valeur.

Source : Illustration Bonnefrite. dans Matière Grise, Encore Heureux, Julien Choppin et Nicolas Delon

 

Auteur : Guy Turner, Expert People4Impact et Consultant en éco-conception 

 

Vous pouvez retrouver le deuxième volet de cette chronique ici, et le troisième ici !