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Chronique4Impact

L'économie circulaire et les villes (2/3)

Par Guy Turner, le
Photo Guy Turner

Alors que l’épisode précédent nous a laissé entrevoir le contexte et les enjeux écologiques associés à la circularité de la matière en ville, ce deuxième épisode a pour vocation de répondre à une question simple mais pourtant essentielle à ce stade : pourquoi l’économie circulaire n’est-elle aujourd’hui pas encore une pratique courante dans la construction et le renouvellement de nos villes ?

Un nouveau modèle plein d’opportunités pour les acteurs de la construction, mais pas que !

Il faut d’abord considérer que, comme toute nouvelle pratique, elle est difficile à mettre en place tant les organisations et les acteurs se sont habitués à réfléchir différemment. Dans le cas de l’économie circulaire, le travail doit être mené dès l’amont des projets avec les équipes de maitrise d’œuvre, et le remploi des matériaux existants est à considérer comme un élément central dans la conception des projets. On ne part plus de la feuille blanche, on « fait avec » ce qu’il y a sur place. Le travail de l’architecte est tout à fait différent et son processus de création ne sera vraisemblablement plus le même.

Un autre élément de réponse réside dans la dynamique de silo dont est souvent victime la qualité finale d’un ouvrage, et qui crée une rupture dans la chaîne de valeur. Le processus de conception, puis de construction, et enfin d’exploitation d’un bâtiment, voit se succéder une multitude d’acteurs avec différents intérêts et niveaux d’implication dans le projet lui-même. La démarche d’économie circulaire requiert en soit une vision globale sur la chaine de valeur étant donné qu’il faudra investir plus d’argent à un instant « t » pour en récupérer, autant, plus ou moins (en fonction du potentiel des matériaux récupérés), à un instant « t+1 ».

 

Une gestion des flux à l’échelle territoriale

Dans l’ensemble, le plus gros frein rencontré actuellement pour mettre en place le réemploi des matériaux issus des chantiers (le réemploi étant une des trois composantes de l’économie circulaire : réemployer, réutiliser, recycler) reste la temporalité des chantiers eux-mêmes. Pour que la démarche fonctionne parfaitement, il faut que le matériau déconstruit à un instant « t » sur un chantier puisse être récupéré au même instant par un autre chantier. En bref, la synchronisation entre offre et demande pose problème. Celle-ci n’est pas systématiquement propice et dans ce contexte la capacité à réemployer des matériaux va dépendre de la capacité des chantiers à stocker ces matériaux et à mettre en place les moyens logistiques sur la bonne période de temps.

Cette problématique soulève d’ailleurs un enjeu plus large à l’échelle des villes et des territoires sur la gestion des fonciers vacants qui pourraient logiquement trouver, dans cette optique de circularité de la matière, un rôle de plateforme absolument crucial.

Sur le marché francilien, plusieurs initiatives de plateformes physiques ont déjà vu le jour, à l’image des plateformes Solid’R misent en place par l’association Réa’vie. Le groupe ARES travaille également à la création du concept de plateforme R4 alliant les 3R (Réemploi, Réutilisation et Recyclage) de l’économie circulaire à celui de la Réinsertion propre à l’économie sociale et solidaire. Sur le même modèle, le société Tricycle Environnement se positionne comme un acteur référent sur ces sujets en Ile-de-France.

 

Les outils numériques pour fluidifier le réemploi

Bien heureusement, les freins des uns deviennent les opportunités des autres, comme pour les déchets et les ressources finalement. C’est d’ailleurs ainsi que les plateformes numériques ou marketplaces, avant même les plateformes physiques, se sont imposées comme l’outil indispensable à la mise en place d’un vrai marché du réemploi dans nos villes. A Paris par exemple, l’écosystème des startuppers a bondi sur le sujet et rapidement le marché francilien s’est retrouvé inondé de solutions toutes plus innovantes les unes que les autres. Les outils proposés ont pour vocation de rendre la connexion entre offre et demande de matériaux le plus fluide possible. Je n’en citerai ici que quelques-unes des plus connues : Cycle-up, Backacia, Upcyclea (affiliée cradle-to-cradle) ou encore les hollandais de chez EME (pour Excess Material Exchange).

 

Auteur : Guy Turner, Expert People4Impact et Consultant en éco-conception